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Question d’actualité relative au projet du Conseil Supérieur des Messageries de Presse d’autoriser la vente de la presse écrite dans les supérettes de moins de 400m²

Conseil de Paris

Séances des 27, 28 et 29 mars 2017

Question d’actualité

Présentée par Rémi Féraud et les élus du groupe socialiste et apparentés,

 Relative au projet du Conseil Supérieur des Messageries de Presse d’autoriser la vente de la presse écrite dans les supérettes de moins de 400m²

Madame la Maire,

Vous avez engagé, aux côtés de votre adjointe en charge du Commerce et de l’Artisanat, Olivia Polski, une importante concertation dès 2014 puis attribué en mai 2016 un marché visant à redonner de l’attractivité aux kiosques parisiens dans un contexte économique difficile pour la presse écrite.

Cette politique volontariste de soutien à la vente de la presse écrite et aux kiosquiers de presse s’est traduite par des investissements importants qui permettront le déploiement de 360 nouveaux kiosques à Paris en remplacement des actuels kiosques devenus obsolètes. Ils apporteront par ailleurs de nouveaux services aux usagers de Paris.

Le travail de concertation a récemment abouti à l’installation d’un prototype des nouveaux kiosques parisiens à taille réelle, place Victor et Hélène Basch dans le 14eme arrondissement. Les professionnels comme les usagers pourront l’expérimenter pendant trois mois, en vue de permettre des ajustements techniques sur l’intérieur des kiosques et leur ergonomie.

Ces 360 nouveaux kiosques déployés dans l’espace public dans quelques mois seront un moyen d’améliorer l’attractivité de nos kiosques de presse et de redynamiser les ventes de la presse écrite.

Alors, dans ce contexte, c’est avec inquiétude que nous avons appris le projet du Conseil Supérieur des Messageries de Presse (CSMP) de permettre aux supérettes de moins de 400m² de vendre de la presse.

Dans le cadre de  l’enquête publique engagée à cet effet, Olivia POLSKI a fait part de votre volonté, Madame la Maire, de soutenir la vente de presse écrite et les kiosquiers de presse en écrivant un courrier au CSMP pour réaffirmer l’opposition de la Ville.

De même, je salue l’action de Patrick Bloche, Président de la Commission professionnelle des kiosquiers et rapporteur de la proposition de loi « Liberté, indépendance et pluralisme des médias », afin d’assurer aux kiosquiers parisiens les meilleures conditions de travail possible.

Toutefois, il semblerait que le CSMP ne souhaite pas tenir compte de la position de la Ville de Paris, puisque ce projet est à l’ordre du jour de leur prochaine Assemblée Générale. Notre groupe s’interroge sur la portée d’une telle proposition quand on sait que Paris compte près de 500 supérettes. Ce projet viendrait fatalement nuire au réseau des kiosques de presse et mettre en péril le choix fort qui a été fait par notre collectivité.

En effet, outre le sujet de fond de remise en cause de la loi Bichet et de la disparition programmée de nombreux petits titres, la proposition du CSMP aurait pour conséquence de multiplier les lieux de vente au détriment des kiosquiers parisiens. Ces derniers perdront peu à peu leur chiffre d’affaire à cause du report de leur clientèle vers les supérettes.

Madame la Maire,

Dans ce contexte, il me semble aujourd’hui indispensable de réaffirmer la position de la Ville de Paris sur ce dossier afin de préserver le travail des kiosquiers parisiens et de soutenir la vente de toute la presse écrite. Je vous remercie d’informer notre assemblée des actions que vous pouvez mettre en œuvre à cet effet.

 

 

Question d’actualité

Réponse d’Olivia POLSKI, Adjointe à la Maire de Paris chargée du commerce et de l’artisanat

 

Monsieur le Président du groupe socialiste et apparentés,

Comme vous le savez, la Maire de Paris est une fervente supportrice de la liberté de la presse et son accessibilité sur le territoire parisien.

Depuis le début de la mandature, nous affichons notre ambition de soutenir la vente de la presse, essentielle à notre démocratie, mais qui souffre aujourd’hui de l’érosion des ventes de la presse écrite,

Notre démarche avait d’ailleurs reçu un écho très favorable de nombreux patrons de presse qui avaient adressé un courrier à la Maire de Paris en octobre 2014, pour soutenir notre démarche et ce réseau très important à leurs yeux.

La Maire de Paris a donc fait le choix de maintenir et redynamiser le réseau des 409 kiosques parisiens, par l’attribution d’un nouveau marché lors du Conseil de Paris du mois de mai 2016.

Ce nouveau marché était également accompagné de la mise en place d’un système d’aide financière aux kiosquiers estimé aujourd’hui à 1,8 millions d’euros.

Nous avons appris effectivement que le Conseil Supérieur des Messageries de Presse, qui n’est autre que l’autorité garante du pluralisme de la presse à travers l’impartialité de sa distribution et du respect de ses principes, souhaite permettre aux supérettes de moins de 400m² de pouvoir vendre une partie de la presse écrite.

Si la démarche du Conseil Supérieur des Messageries de Presse de vouloir recréer la commercialité du réseau de vente de la presse dans les grands centres urbains, est louable, leur proposition aura un effet extrêmement négatif sur les points de vente déjà existants.

Le projet développé par le CSMP repose sur l’idée que le maillage de la presse à Paris se serait dégradé ces dernières années en raison de la fermeture de nombreux points de vente et qu’il conviendrait de le « re-densifier ».

Leur proposition repose sur le simple constat que 211 points de vente ont été fermés à Paris entre 2011 et 2015 et qu’il faut donc palier à ces fermetures. C’est méconnaitre une partie de la réalité : ces points de vente ont fermé parce que le Chiffre d’Affaire presse a baissé de 39% ces dix dernières années. À ma connaissance, il n’y a pas eu d’augmentation significative de la vente de presse qui nécessiterait l’ouverture de nouveaux points de diffusion.

Lorsqu’un point de vente ferme, le titulaire de notre marché de gestion des kiosques de presse et des kiosquiers mène un diagnostic pour savoir si l’implantation d’un kiosque est possible au regard du potentiel de vente. Aussi, la densité du réseau parisien continue d’être surveillée régulièrement.

Ce travail minutieux a ainsi permis l’ouverture de 81 kiosques supplémentaires à Paris, par exemple pour venir compenser la fermeture du magasin Agora en fin d’année 2014.

Là où la presse opère lentement une mutation structurelle, face à la concurrence d’internet notamment, mais aussi des abonnements bradés, la réponse ne peut être la multiplication des points de vente au détriment des kiosquiers parisiens, des magasins de presse et des petites librairies que nous travaillons, avec Bruno Julliard, à maintenir dans Paris, au travers de plusieurs dispositifs (aides financières, mobilisation des bailleurs, opérations Vital Quartier 2…).

La mesure proposée par le CSMP va déplacer des flux d’acheteurs des kiosques vers ces petites surfaces, les kiosquiers verront leurs ventes de presse s’effondrer, leurs kiosques désertés, et cela entrainera un nombre de fermeture considérables !

Cette proposition est en totale contradiction avec la loi Bichet de 1881 qui structure aujourd’hui la vente de la presse en France, en garantie la pluralité et prévoit notamment l’égalité des éditeurs face à la distribution

En effet, la totalité de la presse ne sera pas présente dans les supérettes, mais seulement les quotidiens et les titres qui se vendent le mieux. Ainsi, cette mesure créé une inégalité criante entre les éditeurs, et notamment les plus petits, qui ne seraient égaux face à la distribution.

La crise que traversent la presse et les diffuseurs nous oblige. Il ne faut pas céder à la tentation d’une réponse strictement comptable qui consisterait à ouvrir d’avantage de points de vente, pour augmenter le nombre d’exemplaires diffusés, au détriment des diffuseurs actuellement en place sur le territoire parisien et qui souffrent quotidiennement dans l’exercice de leur métier.

Aujourd’hui, le risque de voir le CSMP s’affranchir de l’avis de la Ville sur cette mesure est réel.

Ainsi, je vous propose :

  • D’écrire au CSMP pour rappeler l’opposition de la Ville de Paris à cette proposition,
  • De saisir l’Autorité de régulation de la distribution de la presse, qui contrôle les décisions prises par le CSMP, afin que cette dernière s’oppose à cette mesure
  • D’écrire aux principaux éditeurs de presse pour qu’ils renoncent à soutenir cette proposition du CSMP
  • De saisir la Ministre de la Culture et de la Communication

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